Chine – Politique d’austérité

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03 03 2015 – Depuis début 2013, le président chinois Xi Jinping affiche sa détermination à lutter contre le train de vie luxueux des hauts fonctionnaires de l’administration en estimant que les abus causent des ravages à l’image du Parti.

Chine – Politique d’austérité

L’Austérité au mètre carré chinois
Les ministres et les gouverneurs de province en Chine devront désormais occuper un bureau ne dépassant pas une superficie de 54 m2. Les chefs de direction dans les ministères et dans les préfectures provinciales devront travailler dans un bureau de 30 m2 maximum, et leurs adjoints dans un bureau n’excédant pas 24 m2. Ces restrictions sont prises après que des récents édifices publics démesurés en Chine ont fait scandale, notamment dans des zones semi-rurales, à un point tel que certains chantiers ont été abandonnés avant terme.
En 2014, 72 000 cadres ont été ‘’punis’’. Le secteur public est nettoyé en prévision d’un plan de semi-privatisation, par vente d’actifs aux investisseurs privés et institutionnels. Les Chinois acceptent ce vent de moralisation mais ressentent un découragement à voir les mairies et provinces progressivement amputées de leurs leaders.

L’Austérité de la corruption chinoise
Ils tombent comme des mouches

Après 18 mois d’efforts, Xi Jinping a pu faire inculper Zhou Yongkang, ancien membre du Comité Permanent – l’organe suprême. C’est sans précédent : depuis la mort de Mao en 1976 aucun homme de ce rang n’avait été arrêté, et depuis la révolution de 1949 aucun n’avait été placé sous enquête. Le mot d’ordre : «combattre les mouches et les tigres», soit les hauts responsables qui se sont enrichis au mépris du peuple et les petits chefs qui touchent de l’argent contre un emploi, une place à l’hôpital ou à l’école. La 2ème semaine de février 2015, la Chine a exécuté 5 hommes ; parmi eux, Liu Han, le milliardaire de l’industrie minière Sichuan Hanlong, son frère et 3 complices reconnus coupables d’avoir organisé un gang mafieux et commandité plusieurs meurtres ; Liu Han a été également accusé de gérer un trafic d’armes après la confiscation de 20 pistolets, 2 163 cartouches de fusil de chasse et 100 couteaux, ce qui reste très inférieur à ce que l’on trouve dans certaines villes du Sud français. 68 hauts responsables du Parti communiste, dont le maire de Nankin,  72 000 cadres et 15 généraux ont été arrêtés ces derniers mois en Chine.
La campagne anti-corruption s’étend aussi sur le secteur pétrolier, la télévision d’Etat et la finance.
Le Président Xi Jinping estime que le peuple prend ainsi sa revanche.
Quant à Alibaba, cette 1ère galerie marchande virtuelle chinoise, elle est attaquée depuis fin janvier 2015 par la SAIC, la tutelle du commerce et de l’industrie : 60% des produits testés sur son site en 2014 se sont avérés être des faux. Vis-à-vis des colosses économiques chinois, l’intérêt de l’Etat est en train de changer : il veut les ouvrir à la concurrence et leur faire respecter la loi.

L’Austérité du faste chinois
L’Austérité du vin

C’était l’Eldorado pour les vignobles français, un débouché pour les bons crus de Bourgogne, de Bordeaux (château Pétrus 2009 coûtait 1 500 euros ; château Lafite Mouton Rothschild 2008 a battu des records de prix car le 8 est un chiffre porte-bonheur) ; les champagnes ont suivi le mouvement et pourtant ils ne séduisent pas encore le palais chinois formés à la puissance envoûtante des eaux-de-vie de Cognac. Les grands crus de légende, comme ceux de château Lafite le vin de Louis XV, Dom Pérignon la star des champagnes ou château Margaux cher à Hemingway rejoignent les marques de luxe, Vuitton, Dior, Chanel et Hermès dans l’imaginaire des Chinois enrichis par le boom économique, l’immobilier, les banques, le commerce. Les 1ers crus remplissent les hangars climatisés des importateurs de Hong Kong, ville qui n’applique pas de droits de douane. Pour suivre le french lifestyle ils achètent des propriétés viticoles dans le bordelais et en Langedoc (en janvier 2015). Boire du vin français c’est chic et de bon goût, en avoir est un ascenseur social comme rouler en Porsche, collectionner les impressionnistes et avoir un jet privé. «J’adore le vin rouge, en particulier les marques qui coûtent cher.» disent-ils.

La Chine aura, d’ici 2025, plus de 200 villes de plus d’un million d’habitants et la ‘’case milliardaires’’ s’accroît. Ces nouveaux riches se font construire des palais à la française dans lesquels les caves pleines de vins sont des signes extérieurs de réussite, alors que le peuple chinois sans éducation œnologique boit du thé et de la bière. L’œnologue Stéphane Derenoncourt explique : «La Chine était un nouveau marché vierge, on a rempli les caves et les hangars car la demande était phénoménale. Il y avait un cash énorme, inespéré, et l’or rouge ou blanc déferlait sur les mégalopoles de l’Empire. Les Chinois pleins aux as se sont arrachés des flacons mythiques, snobisme oblige.» Les distributeurs chinois exigeaient des 1ers crus 2009 et 2010 par centaines de caisses. Des financiers chinois ont investi dans les vins de France comme dans les machines-outils, les locomotives, les camions ou les Renault…Ainsi, les grands vins de France et les 5 grandes maisons de cognacs avaient une destination bien spécifique : les cadeaux d’affaires. Boire le vin non, l’offrir oui. Le commerce des vins se faisait à travers les entreprises, au cours de repas d’affaires où l’on vide en moyenne 15 bouteilles pour 10 convives.
Ce folklore repose sur l’ignorance des Chinois face au monde du vin. Qu’est-ce que le savoir-boire, les AOC, les terroirs français ? La simple lecture d’une étiquette est une énigme. Seule une infime élite financière, voyageuse, a des notions claires car elle peut s’informer.
Aujourd’hui le gouvernement chinois hausse le ton.

Depuis 2013, le chef de l’Etat combat les excès, la corruption et la contrefaçon, et il a imposé fermement : «boire avec modération».
La culture des cadeaux de luxe, la nuit arrosée de cognac, de champagne ou de Haut-Brion n’a plus cours. Les ventes des vins français ont chuté de 20%. Certains stocks attendent les acquéreurs. Les acheteurs chinois veillent désormais à l’authenticité des caisses et c’est tant mieux. La simple honnêteté entre clients est désormais la règle.
La Chine plante de la vigne à hautes doses ; le vin rouge est désormais apprécié. La culture du vin, l’œnologie savante, les goûts vrais sont à l’état embryonnaire mais les Chinois apprennent vite.
Les riches (300 millions) continuent d’acheter des crus d’appellations prestigieuses françaises, qui n’existent pas en Chine faute de terroir (il est inimitable). Les autres apprennent le vin et s’adaptent aux vins chinois, à ceux qui ont un rapport qualité-prix acceptable.
Je me fais du souci pour l’appellation Bordeaux qui est de plus en plus concurrencée par les vins chinois et ceux du Nouveau-monde.

Lire le Vin, le Rouge, la Chine sur les investissements des Chinois dans les vignobles français : 112 domaines sont décrits. 232 pages et 350 photos de Laurence Lemaire, préfacées par Alain Juppé et Alain Rousset. Versions papier et numérique 8€ seulement sur www.levinlerougelachine.com

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