Rescapée du Goulag chinois – Le 1er témoignage d’une survivante ouïghoure

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13 01 21 – Ouïghoure, Gulbahar Haitiwaji a été enfermée trois ans dans un camp de rééducation chinois. Son témoignage, son calvaire écrit avec la journaliste Rozenn Morgat*, Rescapée du Goulag chinois – Le 1er témoignage d’une survivante ouïghoure, est paru le 13 janvier 2021 aux éditions Equateurs. Gulbahar Haitiwaji était l’invitée de Léa Salamé sur France Inter le 11 janvier 2021 ; ses propos étaient traduits par sa fille. https://www.franceinter.fr/personnes/gulbahar-haitiwaji

Rescapée du Goulag chinois – Le 1er témoignage d’une survivante ouïghoure

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Placée dans un camp de rééducation chinois le 9 juin 2017

Gulbahar Haitiwaji vit en France depuis 10 ans. Début 2017, elle est convoquée par son ancien employeur chinois à se rendre dans la région du Xinjiang pour régulariser des papiers officiels ; malgré un mauvais pressentiment, elle y va car elle n’a « rien fait de mal ». Ses séjours précédents en Chine s’étaient bien déroulés. « Quand je suis arrivée, mon calvaire a commencé, alors que je n’imaginais pas du tout perdre trois années de liberté et que j’allais vivre toutes ces horreurs. » Gulbahar Haitiwaji a été accusée de terrorisme par les Autorités chinoises, qui ont récupéré une photo de sa fille Gulhumar participant à Paris à une manifestation de l’association des Ouïghours de France.

Sur place, dans un camp chinois réservé aux femmes ouïghoures

Ces centres sont soi-disant créés pour lutter contre le terrorisme. Il n’en est rien.
« C’est une surveillance constante en plus de la privation de liberté. On n’a plus aucune intimité, on n’a pas le droit de parler notre langue sinon on est punis. Même dans les toilettes et la salle de bains ; il y a deux caméras dans chaque pièce. » « J’ai été enchaînée à ma banquette de lit, alors que je n’avais enfreint aucune règle, pendant 20 jours. Je n’ai jamais compris pourquoi. »
S’ajoute à cela une propagande constante. Les détenus doivent écrire leurs pensées dans un journal intime, récupéré et lu par ‘’les professeurs’’ en classe tous les trois jours : « Je n’ai jamais cru à ce qu’ils m’ont forcée à croire. J’étais obligé de cacher certains sentiments, de mentir sur ce que je pensais pour avoir la vie tranquille. Et dans mon carnet, j’écrivais des remerciements au parti et à Xi Jinping ». « On doit renier ce que nous sommes et cracher sur nos traditions. »

Gulbahar Haitiwaji dénonce les traitements pour stériliser les jeunes femmes

« On reçoit des piqûres deux fois par an : ils disent que ce sont des vaccins contre la grippe, et quelques jours avant les vaccinations, ils nous préviennent qu’on a le droit de refuser ; mais à la fin, tout le monde est quand même obligé de le faire. J’ai vu beaucoup de jeunes femmes, pas encore mariées, arrêter d’avoir leurs règles. Je les ai vues s’inquiéter de leur avenir car elles voulaient avoir des enfants… J’avais des doutes, je ne savais pas si c’était de vrais vaccins ou des stérilisations. C’est une fois rentrée en France que j’ai vraiment entendu parler de l’existence de stérilisation dans les camps. Je pense qu’avec les stérilisations, ils veulent faire disparaître les Ouïghours, mais aussi par l’éradication de notre langue, notre culture, nos traditions. C’est un véritable génocide culturel. »

En ville, les Ouïghours sont surveillés, fichés, leur ADN noté. Ils ne peuvent pas porter la barbe ou le foulard, ni pratiquer leur religion. Ils doivent devenir Han, chinois. « Si un Chinois se marie avec une Ouïghoure, le couple reçoit 150 000 yuans de l’État : c’est un moyen d’encourager tous les couples à faire pareil, pour nous faire disparaître petit à petit. »

Gulbahar Haitiwaji est une des rares rescapés de ces camps

« La Chine m’a volé trois ans de ma liberté alors que je n’avais rien fait contre elle. Quand je suis revenue en France trois ans après, grâce à l’aide de ma fille et de l’État français, j’ai vraiment compris la valeur du mot liberté. Chaque fois que j’y repense, je pense à la peur, au froid, à la malnutrition, aux heures sans sommeil, et surtout au désespoir de ne pas savoir quand ça va se terminer. »
Selon les informations de Gulbahar Haitiwaji, « il y a 1200 centres de rééducation en Chine, et plus d’un million de détenus qui sont passés dans un de ces camps.» Elle reste optimiste : « A mon retour en France, j’ai appris que la cause ouïghoure avait vraiment pris de l’importance, avec des manifestations et de nombreux témoignages. J’espère que ce qui est en train de se passer continuera, et qu’on réussira à faire fermer ces camps. »

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Le témoignage vidéo de Gulhumar Haitiwaji, la fille de Gulbahar – 3 minutes poignantes

Le 14 décembre 2018, Gulhumar Haitiwaji dénonçait à visage découvert la persécution des Ouïghours et la répression chinoise contre sa communauté. Elle raconte le quotidien des camps et lance une pétition, un échange avec les Autorités chinoises. Sur Youtube https://www.youtube.com/watch?reload=9&v=vYzAAak6Lys

Rozenn Morgat

Elle avait enquêté pour le Figaro International le 13 02 2019. Alors que plus d’un million de ressortissants de cette minorité musulmane seraient détenus dans les camps de «rééducation» du Xinjiang, région ultra fermée à l’extrême ouest de la Chine, Pékin poursuit aussi la diaspora exilée en Europe en faisant pression sur les familles (…) « Coopère, sinon il arrivera des ennuis à tes proches. » « Si tu nous aimes, fais ce qu’il te dit. »
Gulbahar Haitiwaji est inquiète pour ses deux sœurs et pour sa mère très âgée qui vivent toujours en Chine.

La librairie Eyrolles vend le livre

« Elle a enduré pendant trois ans des centaines d’heures d’interrogatoires, la torture, la faim, la violence des policiers, le bourrage de crâne, la stérilisation forcée, le froid, les rats, les nuits sous le néon aveuglant d’une cellule, les mécanismes de destruction kafkaïens. Elle s’appelle Gulbahar Haitiwaji et elle est la première femme ouïghoure rescapée des camps de rééducation chinois qui ose parler. Ces camps sont à la Chine ce que le Goulag était à l’URSS. Depuis 2017, plus d’un million de Ouïghours y ont été déportés. Les Xinjiang Papers, révélées par le New York Times en novembre 2019, décryptent une répression s’appuyant sur une détention de masse, la plus grande depuis l’ère Mao. Aujourd’hui, on parle de « génocide ». Le Parti communiste chinois, qui nie leur caractère concentrationnaire, en légitime l’existence par la « lutte totale contre le terrorisme islamique, l’infiltration et le séparatisme ».

Les Ouïghours

Ils sont un peuple turcophone et à majorité musulman sunnite habitant la région autonome ouïghoure du Xinjiang, le Turkestan oriental. D’abord nomades, les Ouïghours se sont peu à peu sédentarisés au Xinjiang et sont aujourd’hui environ 12 millions d’après le gouvernement chinois, vivants sous sa souveraineté. Elle est une des 56 ethnies qui composent la République populaire de Chine.
Le Xinjiang est au cœur de l’Asie situé sur la fameuse Route de la SoieLa nouvelle route de la soie, dévoilée à l’automne 2013 par le gouvernement chinois, est l’une des priorités de la diplomatie chinoise sous la présidence de Xi Jinping.

Les Hui sont des chinois musulmans

Leur développement en Chine a été facilités par l’adoption de la langue et du mode de vie des Han. Ils vivent dans la plupart des districts et villes du pays, particulièrement dans la région autonome Hui du Ningxia créée en 1958 – la plus petite des cinq régions autonomes de Chine, ainsi que dans les provinces du Gansu, Qinghai, Henan, Hebei, Shandong et Yunnan.
Environ 2 % de la population totale de la Chine est musulmane, de 50 à 80 millions.

Chine-regions-ningxia-Xinjiang-lemaire-hebdo-vinla région autonome Hui du Ningxia et la région autonome ouïghoure du Xinjiang

Lire mon article : Huawei, Ouïghours, Griezmann, Glucksmann et les autres de décembre 2020 https://www.hebdovinchine.com/huawei-ouighour-griezmann-et-autres-chine/
et
Lire mon article : Boycotter les produits made in Ouïghours de novembre 2020 https://www.hebdovinchine.com/boycotter-produits-made-in-ouighours-chine-marques-textile-internationales/

le Vin, le Rouge, la Chine

Les 170 vignobles français achetés par les Chinois sont décrits dans mon livre : 158 Châteaux de Bordeaux, 10 vignobles en France, 2 Maisons de cognac.
Pourquoi ces vignobles sont-ils en vente ? Pourquoi les Chinois les achètent-ils ?
230 pages et 350 photos de Laurence Lemaire, préfacées par Alain Juppé et Alain Rousset.
Version numérique en PDF – 8€ – mise à jour au quotidien, et sa version papier – 20€ – en librairie mise à jour tous les 6 mois depuis 7 ans, sont en vente sur le site www.levinlerougelachine.com

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